La collection Emil Bührle au Kunsthaus Zürich

Introduction

La Collection Emil Bührle au Kunsthaus Zürich UNE COLLECTION DE RENOMMÉE MONDIALE ET SON HISTOIRE

Environ 170 œuvres d’art de la fondation privée Collection E. G. Bührle sont en dépôt au Kunsthaus Zürich depuis l’automne 2021. L’entrée de ces œuvres dans la nouvelle extension a été approuvée par référendum en 2012. La collection, qui couvre des périodes allant du Moyen Âge au début de la modernité, contient tout particulièrement un ensemble exceptionnel de peintures impressionnistes françaises.

Bernardo Strozzi, Santa Caterina d’Alessandria (Sainte Catherine d'Alexandrie), 1618-1620 Huile sur toile, 165 x 130 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Jean-Baptiste-Camille Corot, La Liseuse, 1845-1850 Huile sur toile, 42,5 x 32,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Édouard Manet, Un Coin du jardin de Bellevue, 1880 Huile sur toile, 91 x 70 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Edgar Degas, Petite Danseuse de quatorze ans, 1880-1881 Bronze patiné, tutu en coton, ruban de satin, 98 cm (hauteur), Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Peter Schälchli, Zurich
Pierre-Auguste Renoir, Irène Cahen d’Anvers (La Petite Irène), 1880 Huile sur toile, 65 x 54 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich
Pablo Picasso, L’Italienne, 1917 Huile sur toile, 149 x 101,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Emil Bührle (1890-1956) était un grand industriel, collectionneur et mécène. Il reste aujourd’hui encore une figure controversée : en effet, de l’usine de machines-outils à Oerlikon, près de Zurich, il a fait un groupe d’armement d’envergure internationale. Le succès de l’entreprise lui assure une fortune telle qu’il peut constituer, avec plus de 600 œuvres rassemblées, l’une des collections privées les plus importantes de son époque.

Emil Bührle, en 1954, devant un prototype de missile anti-aérien issu de son usine The LIFE Picture Collection / Shutterstock / Photo : Dmitri Kessel

Emil Bührle commence à collectionner en 1936. Entre 1936 et 1945, environ 150 œuvres entrent dans la collection. Après la guerre, il s’avère que 13 d’entre elles ont été spoliées et que Bührle doit les restituer. Il en acquiert neuf une seconde fois. La phase principale de son activité de collectionneur se situe dans la période qui suit la Seconde Guerre mondiale.

Emil Bührle parmi sa collection, 1954 The LIFE Picture Collection / Shutterstock / Photo : Dmitri Kessel
Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1916-1922 Huile sur toile, 200 x 600 cm, Kunsthaus Zürich, don dʼEmil G. Bührle, 1952, photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian

Le Kunsthaus Zürich a lui aussi bénéficié d’importants moyens financiers de la part de Bührle, lequel était membre de la Commission des collections depuis 1940. La même année, il propose de financer une extension du bâtiment. Dans le cadre de la réalisation de ce projet architectural, il fait don au Kunsthaus en 1952 de deux grandes toiles de nymphéas de Claude Monet.

J'ai la ferme intention, en effet, lors de l'ouverture de l'annexe, de présenter au public l'exposition intégrale de ma collection. C'est dans cette idée que je vous dis : « Au revoir, au Heimplatz ».

Emil Bührle, conférence à l’université de Zurich, 1954

L’exposition a lieu en 1958, deux ans après la mort du collectionneur. En 1960, environ 200 œuvres de la collection sont transférées dans une fondation, qui les présente dans un musée privé, à la périphérie de Zurich, jusqu’en 2015. Or ce lieu, d’un accès peu commode à un large public, ne pouvait plus garantir la sécurité des œuvres. En octobre 2021, la collection entre en dépôt dans le bâtiment Chipperfield, où elle occupe un sixième de la surface totale d’exposition. C’est le début d’une nouvelle phase dans les rapports qui lient Bührle, sa famille, la collection avec le Kunsthaus et la Ville de Zurich.

Jardin de la villa et maison de la famille Bührle, Zollikerstrasse 172, à Zurich Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich L'extension du Kunsthaus créée par David Chipperfield Architects à Zurich, Heimplatz, août 2021 Photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian

La collection

La collection

Vincent van Gogh, Le Semeur au soleil couchant, 1888 Huile sur toile, 73 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich

La collection Emil Bührle porte d’abord et avant tout sur la peinture impressionniste française. Viennent s’y greffer des œuvres qui préparent l’impressionnisme, vont de pair avec lui ou en constituent le point de départ. La collection comprend également un groupe de sculptures en bois du bas Moyen Âge.

Les choix de Bührle s’opéraient selon des critères établis. Pour lui, les peintures de l’impressionnisme et du post-impressionnisme français constituaient les fondements de la modernité. Deux mouvements majeurs du début du XXe siècle, le fauvisme et le cubisme, sont également représentés dans la collection, avec des œuvres certes en moindre quantité, mais hors pair.

Impressionnisme

Au sein de la collection, les thèmes et développements essentiels de l’impressionnisme s’illustrent de manière expressive dans des groupes d’œuvres plus importants.

La révolution industrielle et l’invention du chemin de fer modifient profondément la perception de l’espace extérieur, de la nature et du paysage dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans les années 1870, Claude Monet et ses collègues Camille Pissarro et Alfred Sisley développent l’art diaphane de l’impressionnisme, la capture rapide d’un instant et de l’atmosphère par des coups de pinceau spontanés. Encouragés par l’avènement de la peinture en tube, les impressionnistes délaissent de plus en plus l’atelier et trouvent en dehors toutes sortes d’inspiration, qu’ils immortalisent sur le lieu même, en plein air.

Impressionnisme

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la France connaît un énorme essor économique, et Paris fait référence en tant que métropole culturelle. Les artistes s’interrogent désormais pour savoir comment représenter les phénomènes de société. Pour saisir ce monde nouveau, ils cherchent de nouvelles manières de voir et de peindre. Pour Claude Monet, Alfred Sisley, Camille Pissarro et Pierre-Auguste Renoir, les objets changent sans cesse en fonction de la luminosité, de l’environnement, et dégagent des impressions optiques différentes. En travaillant surtout en plein air, ces peintres essaient donc de saisir précisément ces impressions : ils ne les restituent pas en les imitant rigoureusement, mais aspirent à en saisir l’effet atmosphérique. Les impressionnistes font leur première apparition publique lors d’une exposition collective en 1874. De nombreuses autres expositions du groupe suivront, huit au total.

Paysages

Avec la construction des premières lignes de chemin de fer, les contrées plus reculées autour de Paris deviennent accessibles à la population comme zones de loisirs. Les peintres impressionnistes restituent ces deux aspects : l’irruption des infrastructures ferroviaires dans les régions rurales et, en même temps, l’afflux des individus venus de la capitale. Grâce à la rapidité de leur facture picturale, ils parviennent à capturer sur place des impressions immédiates.

Claude Monet, Champ de coquelicots près de Vétheuil, vers 1879 Huile sur toile, 73 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich Alfred Sisley, Été à Bougival, 1876 Huile sur toile, 47 x 62 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

La peinture des impressionnistes est une révolution : au lieu de mélanger leurs couleurs sur la palette, ils les appliquent directement sur la toile en petites touches châtoyantes, lesquelles ne s’associent que dans l’œil de l’observateur et y créent l’effet d’une présence lumineuse.

Figures

Pierre-Auguste Renoir, Irène Cahen d’Anvers (La Petite Irène), 1880 Huile sur toile, 65 x 54 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich Edgar Degas, Ludovic Lepic et ses filles, vers 1871 Huile sur toile, 65 x 81 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Peter Schälchli, Zurich

Malgré l’importance accordée à la peinture de paysage, le thème de la figure reste également présent dans l’œuvre des impressionnistes. Mais même lorsqu’il représente une jeune fille assise, Pierre-Auguste Renoir joue sur le rôle de la lumière, soulignant ainsi la présence du modèle pris dans l’instant. Edgar Degas a travaillé avec des éléments flous et recadrés, tels qu’il les connaissait de la photographie.

Avant l’impressionnisme

Édouard Manet est un précurseur de l’impressionnisme. À son époque déjà, il cherche de nouveaux modes de représentation de la vie parisienne moderne. Ce faisant, il dépasse dans ses œuvres la netteté des structures picturales familières, ce qui permet à l’observateur de laisser son œil vagabonder. La nature de son application spontanée de la couleur rompt avec l’agencement stable de la composition classique ainsi qu’avec l’entièreté des formes, figures et espaces.

Édouard Manet, Les Hirondelles, 1873 Huile sur toile, 65 x 81 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Pour Emil Bührle, Édouard Manet revêt une signification décisive en ce qu’il marque le début de la peinture moderne française. Pour cette raison, il s’est efforcé de le voir dignement représenté dans sa collection. Mais Manet a aussi établi un lien avec la peinture plus ancienne. En effet, pour développer son style pictural spontané, il s’est inspiré de grands maîtres de la tradition, comme le Néerlandais Frans Hals. Emil Bührle, en bon connaisseur de l’histoire de l’art, y a vu là un intérêt particulier, puisqu’il voulait que sa collection illustre aussi les lignées et influences de ce type.

Un des tableaux majeurs de la collection. Liberté et virtuosité du pinceau, qui n'ont jamais été surpassées, font clairement apparaître ici la relation de Manet à Frans Hals.

Emil Bührle, conférence à l’université de Zurich, 1954
Frans Hals, Portrait d'un jeune homme, 1660-1666 Huile sur toile, 70 x 58,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich

Bührle a aussi ajouté à sa collection d’autres personnages et périodes de l’art ancien : ainsi les maîtres vénitiens du XVIIIe siècle, qui le fascinaient parce que leurs représentations de la lumière lui évoquaient les productions ultérieures des impressionnistes.

Post-impressionnisme

À partir de l’impressionnisme, Bührle s’est également intéressé aux développements de l’art qui en ont découlé. Les trois grands post-impressionnistes, Paul Cézanne, Vincent van Gogh et Paul Gauguin, occupent de ce fait une place centrale dans la collection. Ils tirent profit des acquis de l’impressionnisme pour l’école moderne.

Paul Cézanne, Le Garçon au gilet rouge, 1888-1890 Huile sur toile, 79,5 x 64 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Avec les taches colorées et rythmées de Cézanne, la peinture elle-même acquiert une valeur intrinsèque. La toile ici ne vise pas tant à représenter la matérialité de la chemise et du gilet, elle condense la composition au moyen du pinceau. Cézanne organise les taches de couleur par rapport à la surface globale du tableau. Et les interstices prennent eux aussi de l’importance : l’espace vide entre le gilet rouge, le bras et la table compte tout autant en termes de peinture que les formes qui définissent la figure du garçon. Ainsi la structure de la peinture gagne-t-elle en densité.

Vincent van Gogh, Le Semeur au soleil couchant, 1888 Huile sur toile, 73 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich
Paul Gauguin, L’Offrande, 1902 Huile sur toile, 68,5 x 78,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich

Paul Gauguin mise en fin de compte sur les grands aplats de couleur et structure ses compositions d’une nouvelle manière, avec des lignes courbes (arabesques). Elles revêtent ainsi une qualité inédite et abstraite, qui donne à la représentation une densité en surface.

Paul Signac, Les Modistes, 1885-1886 Huile sur toile, 116 x 89 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Également représentée dans la collection Emil Bührle, la quatrième voie post-impressionniste est celle du pointillisme de Georges Seurat et Paul Signac, qui consiste à systématiser l’application impressionniste de la couleur. Au lieu de coups de pinceau plats, les pointillistes utilisent un à un des points de couleur de taille identique, à partir desquels le motif se construit à distance.

Les nabis et Henri de Toulouse-Lautrec

Avec les œuvres du groupe d’artistes des nabis (de l’hébreu signifiant « prophètes ») et de Toulouse-Lautrec, la collection va au-delà de l’impressionnisme – contrairement auquel les nabis s’attachent à peindre des intérieurs avec personnages dans une ambiance intense.

Pierre Bonnard, Le Déjeuner, 1899 Huile sur carton, 54,5 x 70,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

La peinture des nabis trouve son origine dans les premiers tableaux que Paul Gauguin réalise de la campagne bretonne. Les nabis se considèrent comme les prophètes d’un nouvel art. Selon eux, l’art doit servir à exprimer des idées à travers des formes. Il doit être symbolique, subjectif et décoratif. Pour eux, l’illusionnisme, la réalité et le trompe-l’œil sont tabous. Si le paysage constitue pour les impressionnistes un thème crucial, les deux nabis les plus importants, Pierre Bonnard et Édouard Vuillard, se tournent d’abord et avant tout vers la représentation de personnages dans des intérieurs décoratifs.

Henri de Toulouse-Lautrec, Messaline, 1900-1901 Huile sur toile, 92 x 68 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Henri de Toulouse-Lautrec s’intéresse lui aussi beaucoup à la représentation de personnes dans des espaces intérieurs. Contrairement aux nabis, cependant, il ne dépeint pas l’intimité familiale, mais plutôt des lieux urbains spécifiques comme les cabarets ou les maisons closes. L’artiste montre également des facettes plus sombres de la vie qui, chez les impressionnistes, ne jouent pas un rôle capital.

Cubisme

Également dans sa manière d’envisager l’avant-garde artistique du XXe siècle, Bührle se laisse guider par les retombées marquantes de l’impressionnisme et du post-impressionnisme.

Georges Braque, Homme au violon, 1912 Huile sur toile, 100 x 73 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn) Pablo Picasso, L’Italienne, 1917 Huile sur toile, 149 x 101,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

À la suite de Cézanne, à partir de 1909, les fondateurs du cubisme Pablo Picasso et Georges Braque renouvellent radicalement la peinture. Ils se concentrent alors sur ce que la peinture elle-même permet géométriquement : la ligne, les nuances de couleur, le rythme de la forme, la création d’espace par l’illusion de plans superposés. Ces éléments sont désormais le contenu même des toiles. Le monde visible ne doit plus être reproduit, mais reconstruit dans la représentation de manière contrôlée. L'Homme au violon de Braque illustre le cubisme, comme souple et immatériel, de ces années-là. Dans son tableau de 1917, Picasso combine motifs et éléments en aplats en un tout décoratif.

L’art religieux du Moyen Âge

Le dernier élément à entrer dans la collection à partir de 1951 est un vaste ensemble de sculptures médiévales.

Emil Bührle a pour la sculpture médiévale un intérêt personnel. D’une part, ces œuvres lui évoquent l’enthousiasme qu’il a eu pour l’art gothique du temps de ses études. Mais son appartenance religieuse intervient aussi : en tant que catholique, il a financé une église à Oerlikon et acquis certaines de ces œuvres pour l’aménager.

Haute-Souabe, Schutzmantelmadonna (Vierge au manteau), vers 1500 Tilleul, 115 cm (hauteur), Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Peter Schälchli, Zurich

La Vierge au manteau est un motif très apprécié à la fin du Moyen Âge. Sous son manteau, Marie, en position debout et tenant l’enfant Jésus, protège des petites personnes de différentes classes sociales, les hommes à sa droite et les femmes à sa gauche. La sollicitude de Marie pour l’enfant vaut pour tous les fidèles. Deux anges tiennent le drap du manteau doré. La sculpture est par ailleurs richement ornée de dorures et de peintures.

Le collectionneur

Le collectionneur

Claude Monet, Champ de coquelicots, 1880 Huile sur toile, 73 x 60 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich

En 1924, Emil Bührle prend la direction de l’usine de machines-outils d’Oerlikon, près de Zurich. Il fait alors de l’entreprise un groupe d’armement d’envergure mondiale. En 1936, il commence à collectionner et devient en 20 ans seulement l’un grands collectionneurs de son temps.

Emil Bührle est né en 1890 dans une famille bourgeoise. Il étudie la germanistique et l’histoire de l’art à Fribourg-en-Brisgau et Munich entre 1909 et 1914. Il acquiert ainsi des connaissances en peinture et sculpture médiévale qui se reflètent dans sa collection.

Parmi ses camarades figure Erwin Panofsky, qui deviendra l’un des plus grands historiens d’art du XXe siècle.

Liste des participants aux cours du deuxième semestre 1914 : Erwin Panofsky et Emil Bührle Vöge-Archiv, Fribourg-en-Brisgau

En 1913, l’étudiant Emil Bührle visite la Nationalgalerie de Berlin. Il y voit pour la première fois des peintures des impressionnistes français. Leur achat suscite des controverses politiques, empreintes de connotations nationalistes et anti-françaises, qui conduiront en 1908 à la destitution du directeur du musée, Hugo von Tschudi, par l’empereur allemand.

La salle des impressionnistes est dominée par le tableau d’Édouard Manet, Dans la serre (1877), que l’on peut voir à gauche sur la photo.

Vue de l’exposition à la Nationalgalerie, niveau III, salle 5, avec des œuvres des impressionnistes français bpk / Zentralarchiv, SMB

En cette heure passée devant les créations des peintres français, les dés furent jetés. Il m’apparut alors clairement que, dans la mesure du possible, j’aimerais un jour accrocher au mur de tels tableaux de Manet, Monet, Renoir, Degas et Cézanne.

Emil Bührle, conférence à l’université de Zurich, 1954

1914 marque le début de la Première Guerre mondiale. Emil Bührle est mobilisé, comme la plupart de ses camarades d’études. Après une blessure, il est formé à la mitrailleuse. À partir de 1916, en tant que lieutenant, il dirigera un peloton de mitrailleuses sur les fronts allemands de l’est et de l’ouest.

À la fin de la guerre, il reste avec sa division, qui rejoint à Berlin une brigade de sécurité volontaire. Les corps francs paramilitaires participent à la répression des soulèvements de la ligue communiste Spartacus à Berlin. L’implication de Bührle dans ces actions n’est pas établie par les historiens à ce jour.

F. Hanel, « Spähtrupp Bührle » (1918), extrait de Georg Bahl, Das 3. Badische Dragoner-Regiment, 1934 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

Transféré avec son unité à Magdebourg, Bührle est cantonné au domicile privé du banquier et entrepreneur Ernst Schalk où il fait la connaissance de sa fille Charlotte, à laquelle il se fiance en octobre 1919. Le jour même de son mariage en 1920, Bührle est promu fondé de pouvoir de l’usine de machines-outils de Magdebourg, dont Ernst Schalk est actionnaire.

Photographie des fiançailles de Charlotte Schalk et Emil Bührle, 1919 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

L’entrepreneur

Emil Bührle s’installe en Suisse en 1924 pour devenir fondé de pouvoir de la « Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon » (WO). En 1923, l’usine de Magdeburg avait racheté la WO. Bührle devient ainsi l’un des plus grands employeurs du pays.

La carrière de Bührle aurait été impossible sans le capital de départ de ses beaux-parents. Lorsqu’il arrive à Zurich en 1924, il est le gendre et homme de confiance d’une famille fortunée en lien avec les milieux de la droite conservatrice. En 1927, il prend la direction de l’usine de machines-outils d’Oerlikon.

L’usine « Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon » (WO)

La WO est issue de la « Schweizerische Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon » (SWO), fondée en 1906, et reprise par la « Magdeburger Werkzeug- und Maschinenfabrik » en 1923 pour 1,5 million de francs suisses. L’industrie suisse de l’armement relève de « l’armement secret » de l’Allemagne, conséquence du traité de Versailles de 1919 qui prévoyait la démilitarisation de l’Allemagne. La Suisse, n’ayant aucun intérêt à ratifier ce traité, s’est plutôt attachée à gérer ses liens économiquement importants avec le pays voisin par le biais de relations économiques bilatérales.

En 1937, Bührle devient citoyen suisse et actionnaire unique de la Oerlikon Bührle & Co. (WOB). Après l’occupation de la France en 1940, la WOB, en accord avec le Conseil fédéral suisse, fournit des armes au Reich allemand national-socialiste pour une valeur de 540 millions de francs suisses, soit environ 70 % des exportations suisses dans le domaine de l’armement. En 1941, les livraisons d’armes en provenance de Suisse représentaient 14 % des exportations totales du pays.

Emil Bührle à la mitrailleuse (vers 1925) : « M. E. Bührle fait fonctionner le canon rotatif OERLIKON installé dans un hydravion Dornier Do R. » Source : Développement historique des armes OERLIKON en 20 ans, dans Werkmitteilungen, mai 1945, p. 18-22. Photo : Rheinmetall Air Defence AG
Tourneurs à l’usine de machines-outils Oerlikon, Bührle & Co., vers 1940 Archives Sociales Suisses / Photo : Ernst Koehli L’usine de machines-outils Oerlikon-Bührle & Co, 1946 Rheinmetall Air Defence AG

Travail forcé dans la filiale IKARIA

En 1934, Bührle devient cofondateur de la société Ikaria (Berlin). En 1937, il doit céder ses parts au ministère de l’Aviation du Reich allemand. Mais la WOB touche des royalties pour le canon à ailettes qu’elle avait développé. À partir de 1943, des travailleurs forcés provenant d’un camp de concentration voisin sont à l’usine de Velten (Brandebourg). À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la WOB avait perçu environ 870 000 francs grâce à son brevet. Aujourd’hui, les recherches historiques supposent que Bührle aurait pu connaître les conditions de travail à Velten après la guerre.

Pendant la guerre, la WOB est avec ses 3 700 employés l’une des plus grandes entreprises de Suisse. En 1944, l’interdiction d’exporter des armes décrétée par le Conseil fédéral suisse entraîne une baisse sensible de la production de la WOB, qui figure alors sur les « listes noires » des Alliés. Après les démarches diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, l’interdiction sera levée en 1946.

Traversée vers les États-Unis, 1947 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

En l’espace de quelques mois, Bührle passe des listes noires alliées aux bulletins mondains américains. Il s’intègre sans difficulté dans les cercles qui luttent contre le communisme.

Pr Dr Matthieu Leimgruber, 2020

La guerre de Corée éclate au cours de l’été 1950. Les exportations d’armes connaissent alors en Suisse une forte augmentation. Nouvellement développée et très efficace, une fusée à poudre de la WOB joue à cet égard un rôle important. La base en était une résolution sur le matériel de guerre adoptée par le Conseil fédéral en 1949, qui était soutenue par les syndicats. Les entreprises suisses, dont le WOB, se sont également développées en Inde et en Égypte.

Fabrication de fusées à poudre OERLIKON de 8 cm Rheinmetall Air Defence AG Les fusées à poudre OERLIKON de 8 cm Rheinmetall Air Defence AG

La guerre de Corée

La guerre entre la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) et la République de Corée (Corée du Sud) durera de 1950 à 1953. Les deux États sont nés des zones d’occupation soviétique et américaine en Corée après la Seconde Guerre mondiale. Avec l’intervention des États-Unis, et plus tard de la Chine, la guerre nationale s’est transformée en une guerre internationale qui a coûté la vie à 940 000 soldats et à quelque trois millions de civils. Les troupes chinoises sont restées en Corée du Nord jusqu’en 1958, les troupes américaines sont toujours stationnées en Corée du Sud. À ce jour, aucun traité de paix n’a été conclu entre les deux pays.

Au début des années 1950, l’Est et l’Ouest sont en pleine Guerre froide. En 1952, la WOB obtient un important contrat du ministère américain de la Défense, d’une valeur de 140 millions de francs suisses. Les commandes du Conseil fédéral suisse font de l’entreprise d’armement un fournisseur de la modernisation et du réarmement de l’armée suisse, avec un montant de 1,2 milliard de francs suisses, dont 100 millions revenant à la WOB.

La Guerre froide

La Guerre froide, qui durera de 1945 à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, désigne la période de tension entre deux systèmes, capitaliste et communiste. D’un côté, les puissances occidentales menées par les États-Unis, de l’autre le « bloc de l’Est » mené par l’Union soviétique (URSS). Malgré l’absence de conflit militaire direct entre les superpuissances, des guerres dites par procuration se déroulent en Corée, au Vietnam, en Afghanistan. Les rivalités entre les deux systèmes sont tangibles dans tous les domaines de la société, mais plus encore dans la course aux armements.

Le 50e anniversaire de la WOB a lieu le 19 octobre 1956 au Hallenstadion de Zurich. Plus de 3 000 invités sont conviés, dont des personnalités locales et nationales haut placées, issues de la politique, de l’armée, de l’industrie, de la finance et de la culture. Cinq semaines plus tard, le 28 novembre 1956, Emil Bührle succombe à une insuffisance cardiaque.

Cérémonie pour le 50e anniversaire de la WOB au Hallenstadion de Zurich, le 19 octobre 1956 ullstein-bild – RDB

Le collectionneur

Parallèlement à la réussite financière de ses activités commerciales, Bührle constitue une importante collection d’art, qui, à la fin de sa vie, regroupe environ 600 œuvres.

Bührle commence à acheter des œuvres d’art en 1936, un fois qu’il a gagné son premier million avec l’expansion des exportations d’armes de la WO. Entre 1936 et 1940, il acquiert auprès de marchands suisses un total de 53 œuvres pour une valeur de 1,4 million de francs, le marché de l’art suisse s’étant aussi développé au cours de ces années-là. Des galeristes étrangers se sont installés en Suisse, comme Toni Aktuaryus à Zurich ou Fritz Nathan à Saint-Gall. Bührle traitera avec les deux.

Le marché de l’art en Suisse

À partir de 1933, la persécution croissante des Juifs dans l’Allemagne nazie, puis en Autriche, entraîne l’émigration de collectionneurs et de galeristes vers l’Europe et les États-Unis. La dissolution de nombreuses collections privées et publiques à la suite de confiscations, d’expropriations et de spoliations crée une surabondance d’œuvres sur le marché de l’art, encore intensifiée par les persécutions et pillages dans l’Europe occupée à partir de 1940. Le marché de l’art en Suisse en tire lui aussi profit.

En 1939, le peintre, intermédiaire et collectionneur suisse Carl Montag, lié au Kunsthaus et disposant d’un réseau international, recommande à Bührle d’entrer en concurrence avec Oskar Reinhart, actif à Winterthour, et de commencer à collectionner des œuvres de premier ordre. Depuis 1920, Reinhart collectionnait principalement des tableaux impressionnistes et des maîtres anciens ; il était alors le plus grand collectionneur de Suisse alémanique.

Depuis 1938, Bührle est en contact avec la galerie de Theodor Fischer à Lucerne. En 1939, il assiste à la vente aux enchères organisée par Fischer pour le régime nazi d’œuvres confisquées aux musées allemands et diffamées comme  « dégénérées ». Dans les années qui suivent, Fischer vend également des œuvres provenant de collections privées qui ont été pillées par les nazis en France. Bührle achète onze de ces tableaux à Fischer pendant les années de guerre, dont dix d’une valeur totale de 543 000 francs pour la seule année 1942. Peu après la fin de la guerre, Bührle sait qu’il a acquis une partie de sa collection de manière illicite.

Vente Fischer d’art dégénéré à Lucerne, 1939, artiste anonyme Photo : Heritage Image Partnership Ltd / Alamy Stock Foto

Les quatre tableaux suivants sont des exemples d’art auparavant spolié appartenant à la collection Emil Bührle. Les informations concernant toutes les œuvres de la collection et leur provenance se trouvent sur www.buehrle.ch/en/collection/

Jean-Baptiste-Camille Corot, Moine assis, lisant, vers 1865 Huile sur toile, 73 x 50 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Edgar Degas, Madame Camus au piano, 1869 Huile sur toile, 139 x 94 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Edgar Degas, Avant le départ, 1878-1880 Huile sur toile, 39,5 x 89 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Édouard Manet, La Toilette, vers 1879 Pastel sur toile, 55 x 46 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

En 1945, sous la pression des Alliés, le Conseil fédéral (le gouvernement suisse) crée au sein du tribunal fédéral une chambre des biens spoliés. Suivent alors des enquêtes judiciaires, au cours desquelles 77 œuvres d’art ayant abouti dans des collections suisses sont identifiées comme des biens spoliés à leurs propriétaires. Parmi celles-ci, 13 sont en possession de Bührle, qui soit les restituer. Il en acquiert 9 une seconde fois au prix du marché.

Arrêt de la chambre des biens spoliés du tribunal fédéral suisse du 3 juin 1948 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich Contrat de rachat de la Liseuse de Corot à Paul Rosenberg, 30 juin 1948 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

Parmi les tableaux que Bührle a acquis auprès de Fischer et qu’il doit restituer par la suite figure La Liseuse de Camille Corot. L’œuvre avait été volée au galeriste juif Paul Rosenberg en 1940, alors qu’il fuyait la France. Bührle l’a acquise en 1942 à la galerie Fischer pour 70 000 francs. En 1948, il doit la rendre à Rosenberg. Moins d’un mois plus tard, il l’acquiert pour la somme de 80 000 francs à la galerie Rosenberg de New York. Bührle achète donc le tableau une deuxième fois, mais de manière conforme auprès du propriétaire.

Jean-Baptiste-Camille Corot, La Liseuse, 1845-1850 Huile sur toile, 42,5 x 32,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Cinq œuvres de la collection Bührle sont considérées comme des « biens en fuite » selon la définition de la Commission Indépendante d'Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale formé en 1996 par le gouvernement Suisse (« commission Bergier »). Les « biens en fuite » sont des biens que les propriétaires ont pu mettre en sécurité dans des pays étrangers non occupés et qui sont restés à leur libre disposition. À ce sujet, voir ci-dessous dans la troisième section de ce chapitre les informations « Recherche de provenance ».

Gustave Courbet, Portrait du sculpteur Louis-Joseph Leboeuf, 1863 Huile sur toile, 65 x 50 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Paul Gauguin, La Route montante, 1884 Huile sur toile, 46 x 38 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Vincent van Gogh, Le Vieux Clocher, 1884 Huile sur toile sur bois, 47,5 x 55 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Claude Monet, Le Jardin de Monet à Giverny, 1895 Huile sur toile, 81,5 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Henri de Toulouse-Lautrec, Georges-Henri Manuel, 1891 Pastel sur carton, 88 x 51 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Le tableau de Gustave Courbet a appartenu au grand éditeur berlinois Franz Ullstein (1868-1945), dont l’entreprise est vendue de force en 1934 pour environ un cinquième de sa valeur, en raison des origines juives de ses propriétaires. En 1935, à l’occasion d’une exposition, Ullstein envoie le tableau au Kunsthaus de Zurich, où l’œuvre reste dans un premier temps et se trouve ainsi en sécurité. En 1939, le tableau devient la propriété de la fille d’Ullstein, Lisbeth Malek-Ullstein, qui vit de 1939 à 1941 au Portugal ; dans ce pays alors pays, elle attend probablement de pouvoir quitter l’Europe pour les États-Unis. En 1941, depuis le Portugal, elle charge le Kunsthaus d’expédier le tableau chez un marchand à Genève, où l’on perd sa trace. Le prix auquel l’œuvre est vendue n’a pas encore pu être déterminé. Le tableau réapparaît un an plus tard, en 1942, chez le galeriste Fritz Nathan, à Saint-Gall, qui le vend à Emil Bührle pour 26 000 francs suisses.

Gustave Courbet, Portrait du sculpteur Louis-Joseph Leboeuf, 1863 Huile sur toile, 65 x 50 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

Après avoir traité principalement avec des galeristes suisses jusqu’en 1950, Emil Bührle profite de ses nombreux voyages d’affaires aux États-Unis pour établir des contacts sur place avec des galeries d’art et des marchands. La plus grande expansion, en qualité et quantité, de sa collection se fait entre 1950 et 1956. En peu de temps, Bührle acquiert 400 œuvres, qui viennent s’ajouter aux 200 existantes. L’accent est toujours mis sur l’art français et la modernité classique, mais la collection compte désormais aussi de nombreuses œuvres de maîtres anciens et des sculptures médiévales.

1951 : Edgar Degas, Femme s’essuyant, 1896-1898 Pastel sur carton, 66 x 61 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
1952 : Ulm, Stehende Muttergottes (Madonne debout), vers 1470 Bois, 138 x 45 x 30 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Peter Schälchli, Zurich
1952 : André Derain, Scène d’intérieur, vers 1904 Huile sur toile, 94 x 85 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
1954 : Paul Signac, Les Modistes, 1885-1886 Huile sur toile, 116 x 89 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
1955 : Chaïm Soutine, Portrait d’une dame, vers 1928 Huile sur toile, 73 x 60 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
1955 : Jean-Auguste-Dominique Ingres, Hippolyte-François Devillers, 1811 Huile sur toile, 96,5 x 78,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

La Fondation Collection E. G. Bührle

Le 24 février 1960, quatre ans après la mort d’Emil Bührle, sa veuve Charlotte Bührle-Schalk et leurs enfants communs, Dr Dieter Bührle et Hortense Anda-Bührle, créent la Fondation Collection E. G. Bührle, sise à Zurich.

Les donateurs transfèrent dans la Fondation environ un tiers des œuvres de la collection, tout en veillant à préserver la structure et l’exhaustivité recherchées par le collectionneur.

Charlotte Bührle-Schalk accueillant la presse lors de l’inauguration du musée, Zurich, 26 avril 1960 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich Acte de fondation, 1960 Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

La collection de la Fondation est d’abord hébergée dans une ancienne résidence située Zollikerstrasse 172 à Zurich. Cette villa de 1886 est transformée en musée et ouverte au public à partir d’avril 1960. Les coûts de fonctionnement et d’entretien du musée sont pris en charge par les donateurs. La première présidente en est Charlotte Bührle-Schalk, à laquelle succède Hortense Anda-Bührle à partir de 1980. De 2014 à 2020, la Fondation est présidée par Christian, le fils de Dr Dieter Bührle.

Vue de la pièce avec la « Trilogie Cézanne », Zollikerstrasse 172, Zurich Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich, photo : Peter Schälchli, Zurich

De 1961 à 2018, la collection de la Fondation Bührle voyage à plusieurs reprises et elle est présentée dans des musées et salles d’exposition renommés en Europe, en Amérique du Nord et au Japon. En 2010, une exposition à succès a lieu au Kunsthaus Zürich. La dernière itinérance avant l’entrée au Kunsthaus est au Musée Maillol à Paris, en 2019. C’est la première présentation de la collection en France.

Jardin de la villa et maison de la famille Bührle, Zollikerstrasse 172, à Zurich Archives Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich

En 2002, l’historien d’art Dr Lukas Gloor devient le nouveau directeur de la Fondation. Sous sa direction, la provenance de chacune des œuvres est étudiée. Les informations rassemblées par la Fondation sont comparées aux découvertes récentes et, en collaboration avec la spécialiste Laurie A. Stein (Chicago/Berlin), transposées en un diagramme qui non seulement mentionne chaque changement de propriété connu, mais divulgue également les fondements de ces informations.

Recherche de provenance

L’objectif de la recherche sur la provenance est d’établir l’origine et les propriétaires des œuvres d’art. Avec la « Déclaration de Washington » en 1998, les États signataires se sont engagés à localiser les œuvres d’art confisquées sous le national-socialisme, à retrouver les propriétaires légitimes ou leurs héritiers et à prendre rapidement les mesures nécessaires pour parvenir à des solutions justes et équitables.

Définir exactement les notions d’ « art pillé », de « ventes forcées », de « biens en fuite » et d’« art dégénéré » est essentiel au débat fondé et circonspect sur la question de la restitution. L’expression « art spolié » désigne les œuvres d’art confisquées par les nazis à des propriétaires privés, principalement juifs. Les « ventes forcées » sont les ventes ordonnées par les nazis, dont le gain n’est pas conforme au marché, ne revient pas aux propriétaires ou leur est soustrait. Ces biens sont traités aujourd’hui comme de l’art pillé par les nazis. Les « biens en fuite » sont des biens que les propriétaires ont pu mettre en sécurité dans des pays étrangers non occupés et qui sont restés à leur libre disposition. Par conséquent, ils ne sont pas concernés par la Déclaration de Washington. La Déclaration de Washington ne vise pas l’art dit « dégénéré ». Il s’agit là d’œuvres ayant été retirées par les nazis des musées publics, puis détruites ou vendues sur le marché international.

Le 10 février 2008, le musée de la Zollikerstrasse est victime d’un vol à main armée. Quatre œuvres majeures, de Cézanne, Degas, Van Gogh et Monet, sont volées. Deux d’entre elles sont rapidement retrouvées, les autres ne le seront que quatre ans plus tard à Belgrade. Fin mai 2015, la Fondation doit fermer le musée, car il s’avère impossible de l’équiper des dispositifs de sécurité nécessaires pour les heures d’ouverture régulières.

Vincent van Gogh, Branches de marronnier en fleur, 1890 Huile sur toile, 73 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

En 2016, la Fondation annonce que dix tableaux importants de la collection d’Emil Bührle lui ont été légués par son fils, Dr Dieter Bührle. La Fondation détient donc 203 œuvres. En 2021, l’avocat zurichois Alexander Jolles en reprend la présidence, pour la première fois extérieure à la famille.

Pablo Picasso, Barcelone la nuit, 1903 Huile sur toile, 67 x 50 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, legs Dr Dieter Bührle, 2012, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich

Le Kunsthaus

Le Kunsthaus

Depuis 1940, le Kunsthaus est inextricablement lié aux activités de la collection Emil Bührle, à son mécénat et ses ambitions personnelles.

Ni prince, ni État, ni collectionneur – à l’origine du Kunsthaus Zürich figure un petit cercle convivial d’artistes et amateurs d’art qui, depuis 1787, se réunissent régulièrement pour échanger aimablement et s’encourager mutuellement. À partir de 1794, ce cercle s’appelle société d’artistes, laquelle fonde une association en 1803 pour rassembler des œuvres.

En 1847, une aile est construite à côté de la modeste maison qu’est le « Künstler-Güetli ». Collectionner et exposer constituent désormais deux activités majeures. En 1896, la Zürcher Kunstgesellschaft (Société artistique zurichoise) naît de la Künstlergesellschaft et préside jusqu’à ce jour aux destinées du Kunsthaus. Elle compte actuellement plus de 23 000 membres.

Auberge « zum Künstlergut », 1910 Archives ZKG/KHZ

Une étape significative dans l’histoire du Kunsthaus est l’ouverture du grand bâtiment de Karl Moser en 1910. Des particuliers et le secteur public sont représentés au conseil d’administration de la Zürcher Kunstgesellschaft. Franz Meyer-Stünzi en est le président entre 1940 et 1960. À son initiative, Bührle devient membre de la commission des collections de la Kunstgesellschaft en 1940. Ce comité décide des acquisitions.

Kunsthaus Zürich, vue du Heimplatz, entrée principale, 1910 Archives ZKG/KHZ

Le conseil d’administration de la Kunstgesellschaft est ravi d’apprendre que vous êtes prêt à œuvrer à l’expansion de la collection et vous a élu membre de notre commission des collections lors de la réunion d’hier.

Dr Wilhelm Wartmann, directeur du Kunsthaus, 1940

Emil Bührle, qui destine la production d’armes de son usine aux forces de l’Axe, et le nouveau président de la Kunstgesellschaft évoluent dans les mêmes cercles économiques et patronaux qui nourrissent de solides sympathies pour l’Allemagne nazie au début des années 1940.

L’activité de collectionneur fait partie intégrante de son ascension sociale et de son insertion dans la Zürcher Kunstgesellschaft.

Pr Dr Matthieu Leimgruber, 2020

Bührle s’est avéré comme un membre actif et dévoué de la commission des collections. Dans aucun cas, il ne s’est opposé à une acquisition. À plusieurs reprises, il a rendu des achats possibles en avançant les sommes nécessaires.

En mai 1944, Emil Bührle est invité à devenir membre du conseil d’administration de la Kunstgesellschaft et accepte cette nomination.

8 mai 1944 : invitation à adhérer au conseil d’administration de la Zürcher Kunstgesellschaft Archives ZKG/KHZ

Prêts

La participation de Bührle au sein de la commission renforce le lien avec le Kunsthaus. Ses contacts avec le directeur Wilhelm Wartmann sont soutenus, et de nombreuses questions sont réglées par courrier. Il s’agit dans ces cas-là principalement d’œuvres destinées à être acquises, parfois aussi d’achats possibles pour la propre collection de Bührle. En 1943, Wartmann inaugure au Kunsthaus une exposition consacrée à l’art international que détiennent des propriétaires privés zurichois. Le plus grand prêteur est alors Emil Bührle.

  • Catalogue de l’exposition « Europäische Kunst 13.-20. Jahrhundert: aus Zürcher Sammlungen », Kunsthaus Zürich, du 6 juin au 13 août 1950

    Lorsque le nouveau directeur René Wehrli organise une exposition d’art européen en 1950, Bührle met à disposition sa collection qui s’est entre-temps enrichie et comprend aussi le Garçon au gilet rouge de Cézanne.

Donations

La première donation de Bührle au Kunsthaus est la monumentale Porte de l’Enfer d’Auguste Rodin. L’œuvre, propriété de la fonderie de bronze parisienne Rudier, arrive au Kunsthaus en 1947 à l’occasion d’une exposition de pièces coulées par Rudier. La Porte de l’Enfer est acquise par le Kunsthaus en 1949, avec trois autres bronzes de la collection Rudier. Alors que les autres œuvres sont achetées moyennant une contribution de la Ville de Zurich, la Porte de l’Enfer entre dans la collection grâce au fonds de construction de la nouvelle aile d’exposition, donc des moyens financiers venant d’Emil Bührle.

Auguste Rodin, La Porte de l’enfer, 1880-1917 Bronze, 680 x 400 x 85 cm, Kunsthaus Zürich, don dʼEmil Georg Bührle, 1949, Photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian

En 1951, Emil Bührle se rend avec le nouveau directeur du Kunsthaus, René Wehrli, à Giverny, où Claude Monet a passé les trente dernières années de sa vie et créé son propre jardin. Bührle y achète deux toiles grand format de nymphéas pour le Kunsthaus et une pour sa propre collection.

Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1916-1922 Huile sur toile, 200 x 600 cm, Kunsthaus Zürich, don dʼEmil Georg Bührle, 1952, photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas avec iris, 1914-1922 Huile sur toile, 200 x 600 cm, Kunsthaus Zürich, don d'Emil Georg Bührle, 1952, photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian

Bührle, voulant faire honneur à la notion d’espace que dégagent ces œuvres, rend l’achat possible grâce au « fonds de construction » avec lequel il finance le nouveau bâtiment d’exposition du Kunsthaus sur Heimplatz. Aujourd’hui, les trois tableaux sont réunis dans l’extension.

Salle Bührle

C’est dans une ambiance des plus solennelles que le conseil d’administration de la Zürcher Kunstgesellschaft a accueilli, lors de sa réunion d’hier, la nouvelle de votre donation qui va permettre la deuxième extension du Kunsthaus. Nous sommes chargés de vous adresser ici les plus sincères remerciements.

Dr Wilhelm Wartmann, directeur du Kunsthaus, 1941

Dès son entrée dans la commission des collections en 1940, Emil Bührle promet de contribuer au financement de l’extension architecturale à hauteur de deux millions de francs suisses. En 1941, il siège à la commission de construction. En 1946 puis en 1952, il ajoute deux millions supplémentaires au fonds de construction. En 1953, Bührle devient vice-président de la Zürcher Kunstgesellschaft et président de la commission des collections.

26 juillet 194 : invitation à adhérer à la commission de construction Archives ZKG/KHZ

Emil Bührle ne vivra plus l’ouverture. La grande salle d’exposition, planifiée depuis 1944 par les frères Pfister et financée par lui, est inaugurée en 1958, deux ans après sa mort. L’inauguration est un véritablement événement social. L’exposition inaugurale dans la grande salle de 1 200 m² à l’éclairage naturel constitue la première présentation publique de la collection Emil Bührle.

Le Kunsthaus Zürich avec l’extension des frères Pfister, 1959 Archives Kunsthaus Zürich

La plus grande salle d’exposition d’un seul tenant de Suisse est nommée d’après son donateur. Pour la première fois, il n’est désormais plus nécessaire de vider les salles de collection pour monter une exposition. Pendant des décennies, la salle Bührle est de loin la plus importante du genre en Suisse. D’innombrables expositions majeures s’y sont tenues depuis son ouverture.

L’exposition de la collection Emil Bührle dans la Salle Bührle, 1958 Kunsthaus Zürich, photo : Walter Dräyer Vue de l’exposition « Art américain 1948-1968 » dans la Salle Bührle, 1969 Kunsthaus Zürich, photo : Walter Dräyer

Votation populaire

Les principales collections de la Fondation complètent celle du Kunsthaus, notamment dans le domaine de la peinture française. En 2005, la Zürcher Kunstgesellschaft élabore un concept permettant de transférer la collection du musée privé au Kunsthaus. En 2006, un premier accord de principe est signé entre la Fondation, la Kunstgesellschaft et la famille donatrice concernant le déménagement dans l’extension prévue du Kunsthaus.

En 2010, une exposition des œuvres de la Fondation est organisée au Kunsthaus et attire quelque 130 000 visiteur.ses. Une salle renseignant sur les origines de la collection et sur l’entrepreneur Bührle fait partie intégrante de l’exposition. Depuis 2010, la provenance de toutes les œuvres détenues par la Fondation est consultable sur son site Internet. Le conseil municipal de Zurich soutient l’installation de la collection dans l’extension du Kunsthaus conçue par Sir David Chipperfield. Lors de la votation de 2012, le déménagement des œuvres de la Fondation dans le Kunsthaus est inscrit parmi les éléments du vote.

Les toiles de Nymphéas de Claude Monet dans l’exposition de la collection Emil Bührle au Kunsthaus Zürich, 2010 Kunsthaus Zürich, photo : fmb studio

Depuis 1970, le collectionneur et industriel Emil Bührle n’a cessé de susciter la controverse. Afin de faire toute la lumière sur le contexte économique, politique et social dans lequel sa collection est née, la ville et le canton de Zurich ont commandé une étude dirigée par le professeur Matthieu Leimgruber, historien de l’économie. Cette étude a été présentée lors d’une conférence de presse à l’automne 2020.

Matthieu Leimgruber, Kriegsgeschäfte, Kapital und Kunsthaus. Die Entstehung der Sammlung Emil Bührle im historischen Kontext, Zurich 2021

Extension 2021

L'extension du Kunsthaus créée par David Chipperfield Architects à Zurich, Heimplatz, 2021 Photo : Kunsthaus Zürich, Franca Candrian

Les œuvres de Bührle sont désormais confiées à une institution muséale soutenue par le secteur public. Elles sont contextualisées ici de différentes manières : une salle de documentation présente l’histoire d’Emil Bührle ainsi que ses activités d’industriel et de collectionneur d’art encore aujourd’hui controversées. La collection Emil Bührle jouxte désormais celle du Kunsthaus et voisine également les expositions temporaires, notamment d’art contemporain. De cette façon, elle rejoint un centre d’art d’envergure internationale et s’inscrit désormais dans la sphère publique sous un jour entièrement nouveau.

Vincent van Gogh, Les Ponts d’Asnières, 1887 Huile sur toile, 53,5 x 67 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : Schälchli/Schmidt, Zurich
Paul Gauguin, Tournesols sur un fauteuil, 1901 Huile sur toile, 68 x 75,5 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Paul Cézanne, Le Mont de Cengle, 1904-1906 Huile sur toile, 73 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)
Maurice de Vlaminck, Chaland sur la Seine au Pecq, 1906 Huile sur toile, 65 x 92 cm, Collection Emil Bührle, en prêt permanent au Kunsthaus Zürich, photo : SIK-ISEA, Zurich (J.-P. Kuhn)

La Zürcher Kunstgesellschaft est consciente de sa responsabilité à l’égard de cet héritage culturel : il a été décidé en toute connaissance de cause que la collection d’Emil Bührle appartient au domaine public et que le Kunsthaus est l’endroit qui convient. Dans le contexte de la propre collection du Kunsthaus ainsi que des fondations et donations qui ont façonné ce dernier depuis plus d’un siècle, cette remarquable collection d’art constitue un élément important supplémentaire. Le caractère public de la collection et la connaissance de son histoire passée sont essentiels à l’identité culturelle que nous voulons transmettre.

Autres sources

Autres sources

Celles et ceux qui souhaitent en savoir davantage sur l’histoire d’Emil Bührle et de sa collection peuvent consulter les sources suivantes :

L’ouvrage de référence est l’étude Kriegsgeschäfte, Kapital und Kunsthaus. Die Sammlung Emil Bührle im historischen Kontext de Matthieu Leimgruber, commanditée par la ville et le canton de Zurich et réalisée par le centre de recherche en histoire sociale et économique de l’Université de Zurich. On y trouvera également, régulièrement mis à jour, les communiqués de presse sur le collectionneur et la collection.

Tout renseignement concernant l’état de la recherche sur la provenance se trouve sur le site de la Fondation Bührle.

Les archives de la Fondation Bührle sont conservées à la bibliothèque du Kunsthaus et sont disponibles pour la recherche.

Une visite guidée de la collection Emil Bührle et de la salle de documentation peut être réservée à tout moment sur le site du Kunsthaus Zürich.

Salle de documentation de la collection au Kunsthaus Zürich Photo © Franca Candrian

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